« Raz-de-marée des entreprises » dans l’agro-alimentaire, avertit nouveau rapport - mouvement visionnaire doit réagir avec stratégie sur 25 ans

  • Contrôle des technologies numériques, données agricoles et agences multilatérales onusiennes visé par les grandes entreprises.
  • Les mouvements sociaux peuvent riposter, en renforçant la résilience post-pandémique, en réduisant de 75 % les émissions de GES d’origine agricole et en transférant 4 000 milliards de dollars vers l'alimentation et l'agriculture durables.

30 mars 2021 - L'avenir envisagé par les géants de l'agroalimentaire pourrait accélérer la dégradation environnementale et mettre en péril la sécurité alimentaire de milliards de personnes, selon un nouveau rapport d'IPES-Food et d'ETC Group.

« Nous sommes confrontés à un raz-de-marée d'entreprises. Dans seulement six mois, le Sommet sur les systèmes alimentaires des Nations unies pourrait entériner des changements qui forceront des millions de personnes à quitter leurs terres et à mettre notre sécurité alimentaire à la merci du Big Data et d’une agriculture contrôlée par l'Intelligence Artificielle », averti l'auteur principal Pat Mooney. 

« Mais les agriculteurs, les travailleurs de l'alimentation et leurs alliés se mobilisent pour défendre leurs intérêts et leurs moyens de subsistance. En effet, le Sommet pourrait déclencher 25 ans de transformation du système alimentaire par un mouvement visionnaire de l’alimentation durable. »

L'étude met en garde contre des menaces pour l'agriculture et la sécurité alimentaire, si la domination des grandes entreprises agroalimentaires ne cesse d'accroître : 

  • L'IA est en train de réorganiser nos écosystèmes, avec tracteurs et drones robotisés déployés aussi vite que les infrastructures numériques le permettent. Des millions de ruraux seront contraints de migrer vers les zones urbaines.
  • Les aliments, et maintenant les données alimentaires, deviennent de précieux actifs stratégiques. Une nouvelle vague d'accaparement des terres, des océans et des ressources est imminente.
  • De puissantes entreprises et gouvernements s'apprêtent à contrôler l'approvisionnement alimentaire à travers de vastes couloirs économiques. Déjà longues et complexes, les chaînes d'approvisionnement mondiales seront plus vulnérables aux pandémies, au changement climatique et aux « goulets d'étranglement » critiques.
  • L’« hyper-nudge » est en plein essor. Les données issues des transactions quotidiennes (portefeuilles numériques, services de restauration automatisés) sont de plus en plus liées aux informations récoltées en ligne pour manipuler les habitudes alimentaires des consommateurs de manière inédite.

« Les clés du système alimentaire sont en train d'être remises aux plateformes de données, aux sociétés de capital d’investissement privé et aux géants du commerce électronique. Voici l'avenir dystopique de l'alimentation et de notre planète, à moins que la société civile ne contre-attaque, » déclare Mooney.

Lim Li Ching, chercheuse au Réseau Tiers-Monde (« Third World Network ») et contributrice au rapport, ajoute : « La société civile et les mouvements sociaux doivent prévoir leurs stratégies des décennies à l'avance. Nous devons être prêts à affronter les chocs qui se profilent à l'horizon. Il nous faut un mouvement alimentaire visionnaire. »

Le rapport préconise une série de stratégies pour mettre en place des systèmes alimentaires durables au cours des 25 prochaines années. Il estime qu'une fois unifiée, la société civile pourrait forcer le passage de 4 000 milliards de dollars de la chaîne alimentaire industrielle vers la souveraineté alimentaire et l'agroécologie. Ce montant comprend 720 milliards de dollars de subventions destinées actuellement à la production de grandes cultures, et jusqu'à 1,6 milliards de dollars d'économies sur les soins de santé grâce à des mesures sévères contre la malbouffe. La somme totale de ces actions pourrait réduire de 75 % les émissions GES du système alimentaire.

Quelques-unes des principales stratégies comprennent : 

  • Détourner les fonds des subventions des principaux produits de bases, des dépenses de recherche et des lignes budgétaires « de niche » vers les petits producteurs.
  • Soutenir les chaînes d'approvisionnement courtes et les marchés territoriaux. D'ici 2045, pas moins de 50 % des aliments proviendraient de chaînes d'approvisionnement locales et régionales. Jusqu'à 80 % des populations les plus riches deviennent flexitariennes.
  • Prélever des taxes sur la malbouffe, les toxines, le CO2 et les revenus des multinationales.
  • Adopter des mesures de sécurité alimentaire en situation d'urgence qui supplantent les règles du commerce et de la propriété intellectuelle.
  • Faire en sorte que la famine, la malnutrition et la dégradation de l'environnement soient considérées comme des violations criminelles pouvant faire l'objet de poursuites internationales. 
  • Défendre le multilatéralisme en réalisant les réformes du Comité de la sécurité alimentaire mondiale des Nations unies.

Le rapport est disponible en ligne : http://www.ipes-food.org/pages/LongFoodMovement 

  

Note aux rédacteurs :

Le Panel international d'experts sur les systèmes alimentaires durables (IPES-FOOD) est un groupe d'experts indépendants dont la mission est de promouvoir la transition vers des systèmes alimentaires durables dans le monde entier. ETC Group (le Groupe d'action sur l'érosion, la technologie et la concentration) s'efforce de résoudre les problèmes socio-économiques et écologiques liés aux nouvelles technologies qui pourraient avoir un impact sur les populations les plus pauvres et vulnérables du monde.

Demandes de renseignements des médias | Interviews d'experts :

Mathieu Carey | IPES-Food | Email : mathieu.carey@ipes-food.org | Tél : +32 (0) 456 21 69 21